La vie dans les Os
Odile Maarek
15 Avril - 2 Juin 2008
Vernissage le samedi 12 avril 2008 de 18:00 à 21:00
Exposition du 15 avril au 2 juin 2008
Mardi - Samedi - 11:00 - 19:00
La vie dans les os, soit la vie comme matière première,
les os comme emblème.
C’est ce qu’Odile Maarek, artiste mais aussi généticienne
se plait à analyser. Comme une alchimiste, elle recherche, tâtonne, déchiffre
le mystère de la vie, en opérant une traversée de la chair, comme un va et
vient constant entre ce qui apparaît et ce qui est derrière. Rendre visible
l’invisible : L’artiste ne cesse de confronter puis de tisser les paradoxes
pour saisir ce qui se joue entre le corps et l’esprit, pour examiner ce qui se
cache derrière les apparences et s’approcher au plus près de la substance du
vivant, décoder l’interface entre la vie et le monde, l’extérieur et
l’intérieur, le présent et l’origine.
La vie dans les os ou comment révéler l’intime,
l’insoupçonnable. Tout le processus créatif d’Odile Maarek se fonde sur cette
idée avec en filigrane, une histoire de la chair. Utilisant le support comme
évocation de la matière, son travail antérieur faisait appel au plastique, au
papier-calque ou au papier chinois laissant voir tour à tour les couches, les
superpositions, l’ossature sur laquelle ils s’adaptent. Ils confessent
l’intrinsèque, ce qui est occulté tel qu’elle le dévoile dans sa série récente
sur le sexe féminin - sexe que l’on ne voit pas.
Son travail actuel à l’aquarelle perpétue cette
exploration de l’os comme envers de la chair. Odile Maarek convoque les qualités mêmes de la technique en
exploite sa translucidité ainsi que
la porosité du papier pour nous confronter à la représentation de la féminité
telle qu’elle est abordée dans nos sociétés occidentales. Dans ce dépistage de
l’invisibilité, Odile Maarek observe, s’interroge et prend désormais position
au travers de ces Vanités contemporaines.
La vie dans les os, première exposition qu’Odile Maarek
présentera à la galerie Addict, donne à voir des icônes mortifères qui hantent
magazines, affiches et podiums et dont elle fait transparaître les os. Mais
qu’offrent-elles à voir d’autre que ceux-ci ? Si les os permettent de les
rendre humaines, ils les révèlent aussi fragiles et mortelles. Censées
représenter la féminité, elles se mutent alors en Vanité dans la mesure où
elles véhiculent leur propre disparition. Odile Maarek se joue ainsi de
l’opposition entre cette structure solide, interne que sont les os et le
caractère évanescent de l’image, de la beauté et de la mode.
Si dans l’imagerie traditionnelle l’os est associé à la
mort, l’artiste en prend le contre-pied car pour elle, il devient la
représentation la plus évidente de la vie : il renaît sans cesse, structure
l’architecture de notre corps et, en tant qu’objet, demeure, tout en laissant
glisser le temps qui passe. Dans sa rigidité apparente, il est en perpétuel
renouvellement et réinjecte du vivant à ces silhouettes décharnées.
Si ses recherches passées ont mis en avant une radiologie
de l’esprit (le "dortoir analytique" une série sur le thème du
divan), l’os est ici choisi pour son essence ontologiquement physique,
matérielle. Mais Odile Maarek en exploite aussi le caractère sensuel, lorsqu’il
se dresse comme certains sentiments profonds qui nous animent et devient
sculpture du désir. Pour reprendre ses mots, elle dépeint "un os érotisé comme une barre de vie, un axe condensé par notre désir
de verticalité ".
La vie dans les os, vacillant entre traité d’anatomie
version pop et rayogramme, fait éclore l’imperceptible. Odile Maarek persévère
dans sa traversée des apparences pour mener à une projection du souffle vital
allant et venant sans relâche entre la forme et l’envers de la forme. Si pour
Paul Valéry, "ce qu’il y a de plus
profond dans l’homme, c’est la peau", Odile Maarek tente de tirer des os
leur substantifique moelle.
Marie Groneau